C.V
et publications de Guillaume Dasquié.

C.V et publications de Guillaume Dasquié.
Auteur & journaliste d'investigation.

 
Mercredi 19 avril 2006



Ben Laden, l'enquête impossible ?

La condamnation de deux spécialistes français du terrorisme par un tribunal britannique crée un précédent judiciaire

C'est une étrange publication judiciaire, parue dans Le Figaro, mardi 31 octobre, puis dans Le Monde, le lendemain. Sous l'intitulé " publicité ", elle est titrée : " Présentation d'excuses au cheik Khalid Bin Mahfouz et au cheik Abdulrahman Bin Mahfouz " et signée de Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié.Ces deux spécialistes français des affaires de terrorisme présentent, en des termes inhabituels, leurs " excuses les plus sincères " aux deux personnages et à leur famille, l'une des plus riches et influentes d'Arabie saoudite. MM. Brisard et Dasquié reconnaissent avoir formulé " des allégations extrêmement sérieuses et diffamatoires alléguant - du - soutien - des Bin Mahfouz - au terrorisme par le biais de leurs entreprises, familles et oeuvres de bienfaisance et par voie directe ", assertions qu'ils jugent aujourd'hui " entièrement et manifestement fausses ". Ils concluent en affirmant être " conscients du très grave préjudice " et de " la très grande détresse " que ces allégations ont causés aux Bin Mahfouz. Le corps du délit ? Un livre, écrit par MM. Brisard et Dasquié, paru en 2001 en France sous le titre Ben Laden, la vérité interdite (Denoël), et un rapport sur " Le financement du terrorisme ", rédigé en 2002 par M. Brisard, pour le compte du Conseil de sécurité de l'ONU, selon lui, mais que l'organisation a démenti par la suite lui avoir commandé.Ces deux ouvrages, en des termes plus ou moins directs, font de la famille Bin Mahfouz - qui se présente sur son site Internet comme l'" un des acteurs principaux du monde commercial de l'Arabie saoudite et un des principaux investisseurs du royaume " - un maillon essentiel des réseaux de financement de l'organisation terroriste Al-Qaida.

Un soupçon récurrent aux Etats-Unis, qui vaut à Khalid Bin Mahfouz et son fils Abdulrahman d'être mis en cause par les avocats des familles de victimes des attentats du 11 septembre 2001, dans une action collective en cours d'instruction outre-Atlantique.Des accusations dont la puissante famille se défend avec énergie et force procédures judiciaires, comme en témoigne son site binmahfouz.info, qui publie tous les droits de réponse, rectificatifs et condamnations obtenues d'éditeurs et de journaux. " Ce site a été conçu pour fournir des informations exactes sur M. Khalid Bin Mahfouz et sa proche famille aux journalistes accrédités, aux gouvernements et aux ONG. Des erreurs de faits graves ont été publiées sur M. Bin Mahfouz et sa famille. - Elles - sont traitées dans ce site ", prévient la page d'accueil.La publication des excuses circonstanciées de MM. Brisard et Dasquié s'inscrit dans ce cadre procédural, mais son cheminement a emprunté des voies pour le moins compliquées. Et ses conséquences jurisprudentielles, en matière de droit de la presse et de l'édition en Europe, risquent d'être dévastatrices pour le travail d'enquête et d'investigation.

Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), s'insurge contre le procédé qui consiste à " poursuivre des gens dans un pays ayant une législation qui vous est favorable, - puis - acheter de l'espace dans les journaux d'un pays où il n'y a jamais eu de poursuite ni de condamnation ".Le livre publié par Denoël n'a en effet jamais fait l'objet d'une plainte en France, où il a pourtant connu un certain succès et une bonne couverture médiatique lors de sa parution en novembre 2001. La condamnation de ses auteurs n'a été prononcée qu'en juin 2006, par un tribunal sis en Grande-Bretagne... où le livre n'a jamais été publié ! " Le délai de prescription en matière d'édition, en France, est trop court, nos clients n'ont pas eu le temps d'y saisir la justice ", justifie Christine Lécuyer-Thieffry, avocate chez Thieffry & Associés, en charge des intérêts des Bin Mahfouz en France.Une première plainte en diffamation fut en fait déposée en Belgique, en 2002, qui débouchera sur un non-lieu en 2003 : " Le juge belge s'est déclaré incompétent, à tort à mon sens ", dit Me Lécuyer-Thieffry. Le livre sera attaqué également en Suisse (où réside Jean-Charles Brisard) par les Bin Mahfouz et aussi par Yeslam Ben Laden, un demi-frère du chef d'Al-Qaida. " Nous y avons systématiquement gagné, jusqu'en cassation ", affirme Laurent Merlet, avocat de Denoël.L'affaire aurait pu en rester là, mais, M. Brisard étant cité comme expert par les avocats des familles de victimes du 11-Septembre aux Etats-Unis, les Bin Mahfouz n'entendaient pas lâcher prise avant d'avoir obtenu sa condamnation.En 2003, le livre est traduit en anglais pour publication aux Etats-Unis.

Les avocats de la famille saoudienne se précipitent pour porter l'affaire devant la Haute Cour... de Londres. Pour obtenir la recevabilité de leur plainte outre-Manche, ils ont fait acheter le livre sur le site Internet Amazon. com par un huissier britannique.Pourquoi Londres ? " Les frais d'avocats y sont faramineux, c'est dissuasif ", souligne l'avocat français de M. Brisard, Daniel Vaconsin. Surtout, instruite par des décennies de procès autour de l'IRA, la jurisprudence britannique en matière de terrorisme est particulièrement intransigeante en ce qui concerne la production de preuves. Elle condamne systématiquement les affirmations qui ne sont pas dûment prouvées et étayées.Or le travail de MM. Brisard et Dasquié est essentiellement documentaire, réalisé sur la base de greffes des tribunaux de commerce du monde entier. S'il met en lumière des liens capitalistiques ou de proximité entre les Bin Mahfouz et la vaste famille Ben Laden, il ne prouve en rien que l'argent en question a servi à des actes terroristes. " C'est déjà assez difficile de produire des bordereaux bancaires, on n'a évidemment pas de lettre d'accompagnement disant que cet argent doit être utilisé pour telle ou telle action ! ", s'agace Guillaume Dasquié, par ailleurs directeur du site Internet www.geopolitique.com. Après avoir renoncé, faute de moyens pour assurer leur défense, à se faire représenter au procès anglais, MM. Brisard et Dasquié sont finalement condamnés, en 2006, à 15 000 livres (22 300 euros) de dommages et intérêts, et aux dépens.

Lorsque le cabinet londonien Kellman Friedman, qui défend les intérêts des Bin Mahfouz outre-Manche, présente sa note, c'est le choc : " Ils me réclamaient 350 000 livres ! ", dit M. Dasquié. Soit plus de 530 000 euros, que l'auteur et son éditeur ne peuvent ni ne veulent payer. Joint au jugement figure une lettre du magistrat anglais, qui atteste le caractère équitable de la procédure et l'absence de fondement des accusations portées dans l'ouvrage.Alors que l'exequatur (la transposition) du jugement anglais en droit français est entrepris par Thieffry & Associés auprès de TGI de Paris et en Suisse, les plaignants saoudiens proposent un marché à M. Dasquié, raconte celui-ci : s'il accepte de " témoigner en leur faveur lors du procès des attentats du 11-Septembre ", ils renonceront à réclamer les 530 000 euros. Il refuse. Mais les parties finissent par s'entendre, troquant l'abandon de l'exequatur contre la reconnaissance publique des erreurs commises dans La Vérité interdite par les deux auteurs. Ces derniers signent donc la fameuse lettre d'excuses, et un document de 12 pages, où ils rétractent les accusations portées contre la famille Bin Mahfouz. Le tout sera immédiatement versé au dossier de l'instruction sur les attentats du 11-Septembre par les avocats du groupe saoudien, qui espère ainsi désamorcer une partie des accusations dont il fait l'objet.
Jacques Follorou et Pascal Galinier


TERRORISME ISLAMISTE
Vendredi 30 Septembre 2005
BIBLIOGRAPHIE
Jean-Luc Marret, Les Fabriques du jihad, Paris, PUF, 2005.
Jean-Luc Marret, Techniques du terrorisme, Paris, PUF, 2002.
Gilles Kepel, Al-Qaida dans le texte, Paris, PUF, 2005.
Gilles Kepel, Jihad, Paris, Gallimard, 2001.
Guillaume Dasquié, Al-Qaida vaincra, Paris, Privé, 2005.
Jean Guisnel et Guillaume Dasquié, L’Effroyable mensonge, Paris, La Découverte, 2002.
Dominique Thomas, Les Hommes d’Al-Qaida, Paris, Michalon, 2005.
Dominique Thomas, Le Londonistan, la voix du djihad, Paris, Michalon, 2003.
Rohan Gunaratna, Al-Qaida, au cœur du premier réseau terroriste mondial, Paris, Autrement, 2002.
Ali Laïdi et Hamed Salam, Le Jihad en Europe, Paris, Le Seuil, 2002.
Claude Moniquet, Le Djihad en Europe, Paris, Ramsay, 2004.
Jean-Marc Balencie et Arnaud de La Grange, Mondes rebelles, guerre civiles et violences politiques, Paris, Michalon, 2001.             




Vendredi 26 Juillet 2002         

L’imposture démontée   

Deux journalistes renversent la thèse selon laquelle aucun avion ne se serait écrasé sur le Pentagone

L’EFFROYABLE MENSONGE de Guillaume Dasquié et Jean Guisnel. La Découverte, 132 p., 11 . LE PENTAGATE de Thierry Meyssan. Ed. Carnot, 208 p., 12 .

Retraite en bon ordre : c’est le mouvement implicite de l’ouvrage de Thierry Meyssan, auteur de la thèse selon laquelle aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone le 11 septembre 2001. Exprimée dans un livre fantaisiste qui connut un impressionnant succès public, L’Effroyable Imposture (éd. Carnot), la thèse s’élaborait sur la base de vraisemblances, en écartant les témoignages visuels de l’attentat. C’est leur rejet qu’ont pointé les contre-enquêtes du Monde, puis de Libération et Paris Match notamment, montrant que de solides témoignages attestent du choc de l’aéronef. Dans Le Pentagate, Thierry Meyssan s’y intéresse enfin, et tente d’imposer une version raffinée de sa thèse ce serait un missile renforcé à l’uranium appauvri qui aurait atteint le Pentagone...

« Le problème, avec ce genre de lascar, écrivent Jean Guisnel et Guillaume Dasquié, c’est qu’ils ont généralement une capacité assez stupéfiante à vous assommer sous un déluge d’informations enchaînées et toutes plus fausses les unes que les autres, qu’il devient rapidement impossible de contrer, sauf à les prendre une à une et les décortiquer. » Il s’agit donc de trouver l’équilibre entre la discussion de la thèse, qu’il n’y a pas lieu de refuser a priori, et le refus de s’engluer dans la rhétorique inextinguible de la paranoïa conspirationniste. C’est en gros ce que réussissent à faire Guisnel et Dasquié, l’un journaliste au Point, l’autre à Intelligence OnLine, un journal spécialisé en géopolitique. Ils confortent deux points essentiels : la validité des témoignages visuels de l’attentat, et la possibilité technique de celui-ci. Les auteurs ont retrouvé et directement approché nombre de témoins, qui leur ont redit ce qu’ils avaient vu : l’arrivée de l’avion de ligne, sa chute sur le Pentagone. Dasquié et Guisnel précisent, en recourant à un spécialiste de l’accidentologie aéronautique, la façon dont le choc de l’avion a pu produire les destructions particulières du Pentagone.

La question échappe ici au sens commun, et relève de l’expertise. Mais, en l’absence des données précises détenues par les autorités judiciaires américaines, on ne peut que reconstituer un scénario physique d’accident. Il serait du plus haut intérêt que soient rendues publiques les données officielles ou l’analyse de cet accident, soit au terme de l’enquête judiciaire menée aux Etats-Unis, soit par une commission d’enquête du Congrès réclamée par plusieurs élus démocrates.

Les deux journalistes éclairent par ailleurs utilement les accointances et relations de Thierry Meyssan, observant « une proximité étonnante entre -ses- thèses et celles de conspirationnistes d’extrême droite », et montrant que sur bien des points il a copié ou « puisé son inspiration » dans ces réseaux conspirationnistes qui prolifèrent outre-Atlantique. Il reste à en comprendre le succès. « Ces théories diffusées sans raison ni contrôle ont d’autant plus de succès qu’elles se nourrissent des failles et faiblesses de la démocratie française, écrivent Guisnel et Dasquié : nombre d’observateurs l’ont remarqué à juste titre, la percée de Le Pen au premier tour des élections présidentielles du printemps 2002 s’explique largement par le mépris du peuple et l’opacité dont s’accommode trop volontiers une partie des élites quelle que soit leur couleur politique (et cela est encore plus vrai, bien sûr, aux Etats-Unis, devenus de ce fait le paradis des conspirationnistes). »

Hervé Kempf  
 
 
 

Vendredi 8 Mars 2002              
           
International

Polémique sur le soupçon d’espionnage israélien aux Etats-Unis           

Plusieurs responsables du FBI réitèrent qu’aucune accusation d’espionnage n’a été retenue contre les individus énumérés dans le rapport remis au ministère américain de la justice. Israël dément également        

L’ENQUÊTE intitulée « Un réseau d’espionnage israélien a été démantelé aux Etats-Unis », publiée par Le Monde du 6 mars, a suscité des réactions, en Israël comme aux Etats-Unis. Cette enquête se fondait sur un rapport, remis en juin 2001 au ministère américain de la justice, qui impliquait nominalement quelque 120 jeunes Israéliens qui se faisaient passer pour des « étudiants en art plastique » dans des prises de contact avec des membres de divers services de sécurité - DEA (répression des stupéfiants) essentiellement, mais aussi FBI - et des militaires américains de deux bases militaires aériennes. Estimant que l’activité commerciale de ces « étudiants » « ne semble pas compatible avec leur formation » (dans les renseignements militaires ou des unités de technologie de pointe de l’armée israélienne), ce rapport indiquait que les faits constatés « peuvent bien constituer une activité organisée de renseignement ». Interpellées et interrogées, la plupart des personnes concernées - hormis « une douzaine », selon le ministère de la justice - avaient été ensuite expulsées du territoire américain.

Le porte-parole du ministère des affaires étrangères israélien, Emmanuel Nachshon, a indiqué à l’AFP que « ce sont des sornettes, ces balivernes ne méritent pas d’autres commentaires ». Irit Stopper, également porte-parole du ministère israélien des affaires étrangères, a cependant indiqué à Associated Press (AP) qu’un certain nombre d’Israéliens se présentant comme des étudiants en art avaient bien été expulsés des Etats-Unis, pour avoir travaillé sans permis. Ils n’ont pas été accusés d’espionnage, a-t-elle ajouté.

Plusieurs responsables du FBI ont réitéré aux agences de presse internationales ce qu’un d’eux, Bill Carter, avait dit au Monde (daté 7 mars) : »Aucune accusation d’espionnage n’a été retenue contre aucun des individus » concernés. « A la question de savoir si des activités d’espionnage avaient effectivement eu lieu, écrit AP, le représentant du FBI a répété qu’aucune charge de ce type n’avait été retenue. » L’Office of National Counterintelligence Executive, une administration chargée du contre-espionnage, avait diffusé, selon AP, une alerte en mars 2001 demandant à ses employés de faire connaître tout contact avec des gens se présentant comme des étudiants en art israéliens.

Associated Press cite un représentant anonyme du ministère de la justice américain, qui a indiqué que des enquêteurs avaient eu connaissance de certains « liens prétendus » avec une « activité supposée » d’espionnage à partir du début 2001. Interrogé, Larry Thompson, vice-ministre de la justice, a refusé de répondre aux questions à ce sujet.

Le Washington Post, mercredi, suggère que cette affaire a pour origine un différend entre la DEA et le FBI, la première étant persuadée, en juin 2001, d’avoir décelé un réseau d’espionnage, le second n’ayant pas été convaincu.

S. C.     
 
 

Mercredi 6 Mars 2002
International

Un réseau d’espionnage israélien a été démantelé aux Etats-Unis 

Une commission d’enquête a remis en juin 2001 au ministère de la justice un rapport sur les activités de plus d’une centaine d’agents opérant sur le territoire américain, certains étant liés à des sociétés d’high-tech israéliennes. Une douzaine d’entre eux sont encore incarcérés

C’est sans doute la plus grosse affaire d’espionnage israélien aux Etats-Unis rendue publique depuis 1986. En juin 2001, un rapport d’enquête détaille les activités de plus d’une centaine d’agents israéliens, certains se présentant comme étudiants en beaux-arts, d’autres étant liés à des sociétés d’high-tech israéliennes. Tous ont été interpellés par les autorités, interrogés et une douzaine d’entre eux seraient encore incarcérés. L’une de leur mission aurait été de pister les terroristes d’Al-Qaida sur le territoire américain, sans pour autant en avertir les autorités fédérales. Des éléments de cette enquête, repris par la télévision américaine Fox News, renforcent la thèse selon laquelle Israël n’aurait pas transmis aux Etats-Unis tous les éléments en sa possession sur les préparatifs des attentats du 11 septembre.
 
UN VASTE réseau d’espionnage israélien opérant sur le territoire américain a été démantelé, révèle dans sa dernière livraison la Lettre d’Intelligence Online, publication spécialisée dans les questions de renseignement. C’est l’affaire la plus spectaculaire mettant en cause l’activité du Mossad (la sécurité extérieure israélienne) aux Etats-Unis depuis la condamnation à la prison à vie de Jonathan Pollard, un employé de l’US Navy, en 1986, pour espionnage au profit d’Israël. Quelle était l’envergure réelle de ce réseau ? Les faits évoqués par un rapport d’enquête américain n’indiquent pas s’il a pu accéder à des informations de premier ordre, ou si les autorités l’ont démantelé dans sa phase initiale.

Selon le rédacteur en chef d’Intelligence Online, Guillaume Dasquié, ce « vaste réseau d’agents de renseignement israélien a été neutralisé par les services de contre-espionnage du département de la justice ». Les Américains auraient « appréhendé ou expulsé près de 120 ressortissants israéliens ».

M. Dasquié fait état d’un « rapport de synthèse de 61 pages » (lire ci-dessous) de juin 2001, remis au ministère américain de la justice par une « task force » constituée d’agents de la DEA (Drug Enforcement Administration, service de répression des stupéfiants) et de l’INS (Immigration and Naturalization Service) « auxquels ont été associés le FBI [police fédérale] et le bureau d’enquêtes de l’US Air Force ». Interrogé par Le Monde, Will Glaspy, du département Public Affairsde la DEA, a authentifié ce rapport, dont la DEA « détient une copie ».

Ce n’est pas la première fois que des informations relatives à l’espionnage israélien apparaissent aux Etats-Unis depuis l’affaire Pollard. En juin 1999, la revue Insight avait longuement évoqué une enquête « secrète » de la division 5 du FBI quant à des écoutes téléphoniques israéliennes ciblant la Maison Blanche, le département d’Etat et le Conseil national de sécurité.

Après les attentats du 11 septembre, des informations peu détaillées avaient évoqué l’arrestation d’une soixantaine d’Israéliens. Enfin, du 11 au 14 décembre 2001, la chaîne de télévision Fox a diffusé une enquête en quatre parties sur l’espionnage israélien aux Etats-Unis, dans l’émission « Carl Cameron Investigates ». L’ambassade d’Israël à Washington a immédiatement indiqué qu’elle ne contenait « rien de vrai ». Des organismes juifs américains - le Jinsa (Jewish Institute for National Security Affairs), l’Aipac (America-Israël Political Action Committee) et d’autres - ont dénoncé une « machination ». Fox a retiré de son site Internet, un jour et demi après son installation, tout le matériel lié à cette enquête.

Le Monde a demandé à trois reprises à Fox News de lui fournir une cassette de l’émission. Ce ne fut jamais fait. Le 26 février, Fox a répondu à notre correspondant à New York que l’envoi posait « un problème », sans autre précision. Le Monde a cependant pris connaissance du script intégral de cette enquête. Carl Cameron y évoque « une vaste enquête tenue secrète » concernant « 140 Israéliens se faisant passer pour des étudiants de l’Université de Jérusalem ou de l’Académie des Beaux-Arts Betzalel [qui ont] sans cesse cherché à entrer en contact avec des fonctionnaires et, selon un document, ciblé et pénétré des bases militaires, des douzaines de bâtiments de la DEA et du FBI et d’autres ».

Son enquête se focalise sur deux aspects. Un : les Israéliens pouvaient-ils avoir une connaissance préalable des attentats du 11 septembre et ne pas avoir informé les Américains ? Ses sources, explique Carl Cameron, lui disent : « La question principale est « comment auraient-ils pu ne pas savoir ? ». » A l’écran, son rédacteur en chef lui dit alors : « Certains rapports confirment que le Mossad a envoyé des représentants aux Etats-Unis pour les prévenir, avant le 11 septembre, de l’imminence d’une attaque terroriste majeure. Cela ne va pas dans le sens d’une absence de mise en garde. » Réponse de Cameron : « Le problème n’est pas l’absence de mise en garde, mais l’absence de détails utiles » par rapport à ceux que des services américains soupçonnent Israël d’avoir détenus.

Le second volet de l’enquête touche à des sociétés israéliennes prestataires d’administrations ou de sociétés américaines, qui déroberaient des informations. Sont visés le fabricant de logiciels Amdocs, coté à Wall Street, qui liste, pour les 25 premières sociétés de téléphone aux Etats-Unis, tous les appels passés sur, vers et à partir du territoire américain, ainsi que les sociétés Nice et Comverse Infosys, cette dernière fournissant des programmes informatiques aux administrations américaines autorisées à procéder à des écoutes. Comverse est soupçonnée d’avoir introduit dans ses systèmes des « portes dérobées » afin d’ »intercepter, enregistrer et emmagasiner »ces écoutes. Ce matériel rendrait l’ »écouteur » lui-même « écouté ».

Question à Cameron : « Y a-t-il des raisons de croire le gouvernement israélien impliqué ? » Réponse : « Non, aucune, mais une enquête classée top secret est menée. » L’émission avait été préalablement montrée aux plus hauts responsables de la CIA, du FBI, de la NSA (l’agence d’écoutes téléphoniques), de la DEA et du ministère américain de la justice, qui n’avaient pas émis d’objection à sa diffusion.

Le rapport remis au ministère américain de la justice, auquel Le Monde a eu accès, montre que beaucoup des « étudiants en art plastique » soupçonnés d’activité illicite ont un passé militaire dans le renseignement ou des unités de technologies de pointe. Certains sont entrés et sortis des Etats-Unis à plusieurs reprises, restant chaque fois pour de courtes périodes. Plusieurs sont liés aux sociétés de high-tech israéliennes Amdocs, Nice et Retalix. Interpellée, une « étudiante » a vu sa caution de 10 000 dollars payée par un Israélien travaillant chez Amdocs. Interrogés, deux autres reconnaissent être employés par Retalix.

Le Monde a obtenu d’autres informations non contenues dans ce rapport. Six des « étudiants » interceptés possédaient un téléphone cellulaire acheté par un ex-vice-consul israélien aux Etats-Unis. Deux autres seraient, à un moment non spécifié, arrivés à Miami par vol direct de Hambourg pour se rendre au domicile d’un agent du FBI, lui proposer des tableaux, repartir à l’aéroport pour Chicago, se rendre au domicile d’un agent du ministère de la justice puis reprendre directement l’avion pour Toronto ; le tout en un jour.

Plus du tiers de ces « étudiants », qui, selon le rapport, se sont déplacés dans au moins 42 villes américaines, ont déclaré résider en Floride. Cinq au moins ont été interceptés à Hollywood, et deux à Fort Lauderdale. Hollywood est une bourgade de 25 000 habitants au nord de Miami, près de Fort Lauderdale. Or, au moins 10 des 19 terroristes du 11 septembre ont été domiciliés en Floride.

Quatre des cinq membres du groupe ayant dérouté le vol n0 11 d’American Airlines - Mohammed Atta, Abdulaziz Al-Omari, Walid et Waïl Al-Shehri - ainsi qu’un des cinq terroristes du vol United 175, Marouane Al-Shehhi, ont tous été domiciliés à divers moments à... Hollywood, en Floride. Quant à Ahmed Fayez, Ahmed et Hamza Al-Ghamdi et Mohand Al-Shehri, du vol United 75, comme Saïd Al-Ghamdi, Ahmed Al-Haznawi et Ahmed Al-Nami, du vol United 93 qui s’est écrasé le 11 septembre en Pennsylvanie, et Nawaq Al-Hamzi, du vol AA 77 (tombé sur le Pentagone), ils ont tous été un moment domiciliés à Delray Beach, au nord de Fort Lauderdale.

Cette concordance peut être, entre autres, à l’origine de la conviction américaine selon laquelle l’une des missions des « étudiants » israéliens aurait été de pister les terroristes d’Al-Qaida sur leur territoire, sans en informer les autorités fédérales.

Deux énigmes demeurent. Pourquoi le réseau israélien « tamponnait-il » en priorité des agents de la répression des stupéfiants ? Une hypothèse : la DEA est le principal organisme américain enquêtant sur le blanchiment d’argent. Un réseau comme Al-Qaida usait de filières « sales », et l’Afghanistan des talibans était le premier exportateur d’opium au monde. Pourquoi cette étonnante « couverture », de faux étudiants démarcheurs pour de piètres tableaux ? Le réseau israélien semblait détenir des listes nominales. Ses membres savaient à quel bureau ou à quelle résidence privée se rendre. L’objectif était, semble-t-il, d’entrer en contact, même pour un court moment.

Selon un spécialiste israélien de l’espionnage, « cette histoire est une farce ridicule, pas sérieuse ». Contactés, les services du premier ministre israélien n’avaient, lundi soir 4 mars, toujours pas répondu à nos questions. Le ministère américain de la justice nous a indiqué qu’ »une douzaine » de ces « étudiants » seraient toujours incarcérés, les autres auraient tous été relâchés ou expulsés. Le FBI nous a indiqué qu’il ne faisait « aucun commentaire à ce stade ». La CIA, le FBI, la DEA, l’INS, la NSA, le ministère de la justice et le Pentagone ont tous désigné un enquêteur sur ce dossier.

Sylvain Cypel
En 1986, l’affaire Pollard

Jonathan Pollard a été condamné en 1986 à la prison à perpétuité pour espionnage en faveur d’Israël. Tous les gouvernements israéliens l’ont, depuis, présenté comme un «  petit poisson » ayant agi par « amour d’Israël ». Dans l’hebdomadaire The New Yorker du 18 janvier 1999, Seymour Hersh, à l’évidence puissamment alimenté par des sources de renseignement américaines, avait, à l’inverse, accrédité la version d’un espion de haut vol. Pollard y était accusé d’avoir fourni aux Israéliens, pour beaucoup d’argent, le Rasin (pour Radio Signal Notations), manuel de base en dix volumes de la NSA, l’agence américaine d’écoutes téléphoniques, ainsi que le Sigint (Signal Intelligence) fournissant les codes d’accès et de cryptage du Rasin.

En octobre 1998, lorsque le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, avait demandé sa libération à Bill Clinton, le directeur de la CIA et le chef d’état-major de la marine américaine avaient menacé de démissionner sur-le-champ.

 
 
 
Mardi 13 Novembre 2001
Horizons
 
Quand Washington négociait avec les talibans

Avant le 11 septembre, l’administration Bush a bridé l’activité antiterroriste du FBI parce qu’elle menait d’intenses négociations avec les talibans, s’engageant à les épauler s’ils leur livraient Oussama Ben Laden. C’est la thèse de « La Vérité interdite », un livre à paraître le 14 novembre dont « Le Monde » publie des bonnes feuilles, ainsi que les extraits d’un rapport du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, attestant la réelle activité diplomatique avec les différents acteurs afghans

 CE livre est appelé à faire un certain bruit. Son titre, Ben Laden, La Vérité interdite, sent l’impératif marketing. A certaines erreurs, on devine qu’il a été écrit dans la précipitation. Ainsi, les auteurs écrivent que le ministre taliban des affaires étrangères a fait une déclaration envisageant l’extradition de Ben Laden au magazine américain Time, le 5 février 2001, quinze jours après l’investiture de George Bush. Ils l’interprètent comme un appel du pied direct aux Américains. En fait, la déclaration a été donnée au Times de Londres, puis reprise le lendemain par les agences de presse. Mais cela ne remet pas en cause les thèses qu’échafaudent ses auteurs, Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié. Que disent-ils ? D’abord que, jusqu’au 11 septembre, le FBI américain a été empêché d’enquêter, en Arabie saoudite et au Yémen, sur les commanditaires d’attentats anti-américains, parce que la diplomatie washingtonienne voulait préserver ses relations avec les monarchies du Golfe. Ils présentent, sur ce point, un témoignage « scoop », celui de John O’Neill, numéro deux du FBI, qui en claqua la porte en juillet 2001, précisément parce qu’il se disait bridé dans son action.

Ils affirment, ensuite, que la diplomatie américaine était engagée, depuis des années, dans de multiples tractations avec les talibans et leurs voisins (Pakistan, Russie, républiques ex-soviétiques de la région, Chine, Inde) afin, essentiellement, de répondre aux attentes des compagnies pétrolières américaines. La thèse a été amplement développée par Ahmed Rashid dans L’Ombre des talibans (éd. Autrement). Mais son récit s’interrompt fin 1999. Brisard et Dasquié, d’une certaine manière (sans le luxe de détails de Rashid), racontent la suite, confirmant et ajoutant aux informations récemment parues dans la presse américaine. Ils montrent que des négociations ont été reprises, avec fougue, par l’administration Bush, où le lobby pétrolier est aux manettes. Aux « bios » édifiantes de nombreux proches du président (lire page ci-contre), les auteurs auraient d’ailleurs pu ajouter Zalmay Khalilzad, « l’Afghan de Bush » depuis le 11 septembre, qui fut expert pour Unocal, qui négocia avec les talibans de 1995 à fin 1998 le tracé d’un gazoduc traversant leur territoire.

Depuis 1998, pétroliers et diplomates américains étaient convaincus qu’une victoire totale des talibans - qu’ils avaient souhaitée pour « stabiliser » l’Afghanistan - n’était plus envisageable. Il fallait sortir d’un « nouveau grand jeu » où les intérêts opposés, américano-pakistanais d’un côté, russo-irano-indiens de l’autre, empêchaient la victoire d’un camp sur l’autre en Afghanistan. Strobbe Talbott, le sous-secrétaire d’Etat américain, l’avait dit dès juillet 1997 : « Laissons Rudyard Kipling sur les étagères de l’histoire. Le grand jeu décrit dans Kim fut surtout un jeu à somme nulle. » Pour que le jeu ne soit pas « à somme nulle », il fallait, pour Washington, qu’Américains, Russes, Pakistanais et même Iraniens favorisent un accord entre les fractions afghanes, pour pacifier le pays et ouvrir l’Asie centrale à la manne pétrolière.

Après les attentats attribués à Ben Laden contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie (août 1998), les négociations américano-talibanes vont porter sur l’extradition d’Oussama Ben Laden. En contrepartie, l’administration Clinton fait miroiter aux talibans une reconnaissance de leur régime. D’où la nécessité de ménager leurs partenaires : monarchies du Golfe et Pakistan. Au plan international, des mécanismes de pression se mettent en place : l’ONU crée un forum de négociation, intitulé « 6 + 2 » (les six pays frontaliers de l’Afghanistan plus les Etats-Unis et la Russie) pour dégager une sortie de crise, et adopte la résolution 1 267 prévoyant des sanctions contre Kaboul. Le prince Turki al-Fayçal, chef des services secrets saoudiens, échoue par deux fois à obtenir du mollah Omar l’extradition de Ben Laden.

L’administration Bush, de février à août 2001, va tenter d’aboutir. Des talibans sont invités à Washington dès mars. Le dernier contact connu est celui de Christina Rocca, haut-responsable du département d’Etat, avec l’ambassadeur taliban à Islamabad, le 2 août. On apprend ainsi que la Loya Jirga, la convocation d’un conseil des tribus autour du roi en exil Zaher Chah, afin de mettre fin au régime unique des talibans, n’est pas sortie du chapeau des diplomates occidentaux le lendemain du 11 septembre. Depuis des mois, l’idée était soumise aux talibans, en direct par Washington, au « 6 + 2 » et dans des négociations discrètes à Rome, à Chypre et à Berlin, menées sous l’égide du représentant spécial de Kofi Annan, l’Espagnol Francesc Vendrell. Les meilleures preuves sont parfois les moins secrètes : ainsi du rapport de Kofi Annan, le 14 août, quatre semaines avant les attentats. Beaucoup de l’intense effort diplomatique, y compris au plus haut niveau, d’avril à juillet, pour imposer une alternative au régime unique des talibans, y est détaillé.

Le marché qui leur est proposé reste le même : livrer Ben Laden et pactiser avec leurs ennemis intérieurs pour former un « gouvernement élargi ». Etait-il accompagné d’une offre de soutien financier et de menaces ? Interrogé dans « Pièces à conviction » (FR3, 18 octobre), l’ex-ministre des affaires étrangères pakistanais Naif Naïk, représentant Islamabad à la session du « Processus de Berlin » qui a réuni Américains, Russes, Iraniens et Pakistanais du 17 au 20 juillet, l’affirme : « Une fois le gouvernement élargi constitué, il y aurait une aide internationale. (...) Ensuite le pipe-line aurait pu arriver. (...) L’ambassadeur Simons a indiqué qu’au cas où les talibans ne se conduiraient pas comme il faut, et où le Pakistan échouerait à les faire se conduire comme il faut, les Américains pourraient user une autre option qualifiée de « non dissimulée » contre l’Afghanistan. (...) Les mots utilisés étaient « une opération militaire ». »

A trois reprises (novembre 2000, mars 2001 et du 17 au 20 juillet), des diplomates chevronnés se sont retrouvés à Berlin autour de Francesc Vendrell. Ce n’était pas un forum officiel : les participants pouvaient donc parler plus librement. En même temps, les propos échangés n’engageaient pas formellement les Etats. Les auteurs de La Vérité interdite confondent Berlin avec les négociations onusiennes officielles « 6 + 2 ». Nous avons interrogé Thomas Simons, ambassadeur américain au Pakistan de 1996 à 1998. Il a participé à toutes ces réunions. « L’importance réelle du groupe de Berlin a été très modeste, affirme-t-il. Les participants faisaient des rapports à des membres de leurs gouvernements qui les écoutaient avec peu d’intérêt. Il est exact qu’il était demandé aux talibans de livrer Ben Laden et de former un gouvernement d’union. Il n’a pas été fait état de soutien financier, au mieux leur a-t-on fait miroiter une vague reconnaissance internationale. »

Nous avons posé la question suivante : « Un Américain aurait dit en juillet aux Pakistanais que si les talibans acceptaient de livrer Ben Laden et de signer la paix avec le Front uni, ils auraient un « tapis d’or », mais que s’ils refusaient, ils s’exposaient à un « tapis de bombes ». Est-ce exact ? » Réponse de Tom Simons : « Nous avons dit en juillet que nous enquêtions sur l’attentat contre le bâtiment USS-Cole 12 octobre 2000 au Yémen, et que s’il y avait des preuves solides de l’implication de Ben Laden, il fallait s’attendre à une réponse militaire. On peut toujours gonfler une telle déclaration pour y voir une menace globale contre les talibans. Mais la déclaration américaine ne portait que sur la réponse à l’USS- Cole. Quant au tapis d’or et au tapis de bombes, nous avons effectivement discuté du besoin d’un plan de reconstruction de l’Afghanistan, qui suivrait un accord politique.

Il est possible qu’un participant américain ait cru malin, après quelques verres, d’évoquer le tapis d’or et le tapis de bombes. Même les Américains ne résistent pas à la tentation de se croire malins. Mais rien de la sorte n’a été dit durant les réunions, ni par moi ni par aucun autre Américain. » M. Simons ajoute : « Les Pakistanais ont tout intérêt à extrapoler pour faire d’un commentaire une tactique américaine de la carotte et du bâton. Vous n’avez aucune raison d’accréditer (cette vision). » « Faire une lecture rétrospective (de Berlin) à partir de ce qui s’est passé le 11 septembre serait anachronique. »

Que conclure ? Un : l’activité diplomatique s’est effectivement accélérée avec l’équipe Bush. On peut très plausiblement expliquer ce regain d’intérêt pour l’Afghanistan à l’entourage pétrolier du nouveau président. Deux : la Loya Jirga et la réapparition du roi datent de plusieurs mois avant les attentats. Trois : des talibans, au moins une fois, ont laissé croire qu’ils pourraient extrader Ben Laden. Restent les inconnues. Quelle est la relation réelle entre le mollah Omar et Oussama Ben Laden ? Y a-t-il eu des dissensions entre les talibans, ou répartition des rôles entre eux ? Dans quel état d’esprit discutent-ils, eux qui parfois parlent d’extradition et à d’autres moments se raidissent ? (Invités à Berlin, les talibans ont refusé de s’y rendre, contrairement à l’opposition.) Reste enfin une incertitude : y a-t-il eu de réelles menaces d’intervention américaine lourde contre les talibans avant les attentats ? Les Pakistanais ont-ils joué double jeu ou cherché à amener leurs partenaires à la raison, en leur affirmant qu’une menace militaire pesait contre eux s’ils ne lâchaient pas Ben Laden ? Réécrivent-ils l’histoire a posteriori ?

Un fait est acquis : Al-Qaida a préparé les attentats du 11 septembre bien avant que George Bush n’entre en fonctions. Un scénario possible pourrait être celui-ci : depuis 1999, les talibans étaient soumis à de fortes pressions politiques. Même s’ils étaient divisés - ce qui n’est pas prouvé -, Ben Laden n’a pas eu de difficulté à convaincre le mollah Omar que, s’il le « lâchait », il serait ensuite broyé lui aussi. L’été 2001, les talibans ont, à tort ou à raison, conclu qu’une intervention militaire lourde se préparait contre eux. Là encore, Ben Laden n’a eu aucun mal à les persuader que, dans ces conditions, mieux valait tirer les premiers. Ou bien l’a-t-il fait sans les informer ? Ses agents dormants aux Etats-Unis n’attendaient que le feu vert. Telle est la conclusion implicite que l’on tire de La Vérité interdite et des éléments que nous avons nous-mêmes agrégés autour de cette hypothèse. Cela reste une spéculation, fondée sur des indices réels. Elle présente l’avantage de fournir une cohérence politique à l’engrenage qui, le 11 septembre, a abouti à l’inimaginable.

Les auteurs de La Vérité interditesont proches des milieux de l’espionnage. Jean-Charles Brisard a été responsable du renseignement économique chez Vivendi, puis a enquêté, à la demande d’un service français de renseignement, sur le financement d’Al-Qaida. Son Rapport sur l’environnement économique d’Oussama Ben Laden (Le Monde du 25 septembre) a été présenté à George Bush par Jacques Chirac lors de sa première visite à Washington après le 11 septembre. Guillaume Dasquié est rédacteur en chef d’Intelligence Online, une lettre spécialisée dans les questions de renseignement.

Les négociations entretenues par les Américains avec les talibans et les Etats proches du dossier afghan, en direct ou via le Pakistan ou l’ONU, constituent le premier chapitre du livre.Le reste s’articule autour de trois thèmes : « L’Arabie saoudite, royaume de tous les dangers », « Ben Laden, le mythe du renégat » et « Khalid Ben Mahfouz, une fortune au service du terrorisme ». Les approximations factuelles de la première partie, écrite en urgence, et une tendance des auteurs, par moments, à « tirer » vers le sensationnalisme (une réunion évoquée dans un rapport officiel de Kofi Annan peut difficilement avoir été « secrète ») ne remettent pas en question le grand intérêt de la thèse qu’ils défendent : après son accession au pouvoir, l’équipe Bush a relancé la négociation avec les talibans pour « assainir » la crise afghane, quitte à brider les ambitions des responsables de la lutte antiterroriste. L’échec de cette négociation a été effectif avec les attentats du 11 septembre.

la vérité interdite, de jean-charles brisard et guillaume dasquié. ed. denoël. 20 euro , 131, 19 f.

En librairie le 14 novembre.
 
 
par Guillaume Dasquié publié dans : gdasquie.lemonde
Jeudi 9 mars 2006

  
 
Mercredi 13 Juillet 2005
 
 
EVENEMENT
Terrorisme Guillaume Dasquié, spécialiste en terrorisme, analyse le passage à l'acte des jeunes musulmans :
 
«Seuls les salafistes leur tendent la main»
 
Guillaume Dasquié est spécialiste du terrorisme et directeur de recherches à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Il vient de publier Al-Qaeda vaincra (Privé-Flammarion).
L'Europe pourrait être pour la première fois confrontée à des bombes humaines. Qu'en pensez-vous ?
L'attentat-suicide est inscrit dans l'histoire de l'islamisme violent. Aujourd'hui, que des jeunes vivant en Europe occidentale et se réclamant de cet islamisme adoptent ce type de démarche n'aurait rien de surprenant. Ces dernières années, on a vu le ressentiment exprimé dans certains quartiers des villes européennes instrumentalisé par des imams salafistes. Exactement comme ils le font dans des villes d'Arabie Saoudite, du Koweit, du Yémen. Ils convainquent leurs jeunes disciples que le seul salut vient de ce type d'opposition sacrificielle. Les mêmes recettes d'endoctrinement marchent des deux côtés de la Méditerranée.
Comment peut-on concevoir matériellement de tels attentats en Europe ?
Après huit mois de formation militaire dans un camp islamiste en Afghanistan, un type est capable de concevoir un explosif en Europe avec des matériaux disponibles dans le commerce. Ce n'est pas difficile de trouver des candidats à l'action. Le plus dur, c'est de recruter des gens capables de maîtriser tout le savoir technologique. Les enquêteurs cherchent toujours du côté des étudiants en technologie et en informatique.
Comment croyez-vous que fonctionne Al-Qaeda ?
Le modèle d'Al-Qaeda n'est rien d'autre que la base de fonctionnement de la confédération des tribus bédouines. C'est la force d'Al-Qaeda, la volonté permanente de réunir des gens par leurs liens familiaux, amicaux, leur origine géographique, n'importe où dans le monde. Ce modèle est dangereux, car il est transposable en Europe dans les communautés musulmanes.
Quel peut être le rôle du conflit irakien dans la motivation de ces jeunes?
Il suffit de regarder comment l'histoire du Golfe est enseignée dans les universités islamiques par lesquelles passent les jeunes Européens qui rejoignent les salafistes. Les imams leur expliquent qu'en 1958 c'est la Grande-Bretagne qui, la première, eut l'idée de rattacher le Koweit à l'Irak et d'en faire une province irakienne. Leur but est de souligner le caractère particulièrement injuste, selon eux, des deux guerres du Golfe et de démontrer que les puissances occidentales prolongent de nos jours encore leurs postures de colonisateurs. Dans cette rhétorique, la présence américaine en Irak est du pain bénit.
Que pensez-vous du fait que les terroristes de Londres pourraient être de nationalité britannique ?
Aujourd'hui, dans les banlieues marseillaises, parisiennes ou londoniennes, on assiste au même phénomène que dans des villes comme Médine ou Tanger, avec des gens qui ont fait des études et qui se sentent dans une situation de domination insupportable. On découvre que les exécutants dans les attentats-suicides sont des gens cultivés et politisés. C'est la question centrale à se poser bien avant les mesures policières : pourquoi des jeunes qui ont fait des études ne peuvent exprimer leur révolte que violemment sinon parce qu'ils se sentent, à tort ou à raison, dans une situation de servage ? Les seuls à leur tendre la main sont les barbus.
Ils n'ont pas peur de la mort ?
Le mélange de radicalisation contre la société occidentale et la rencontre avec un imam salafiste est une condition première, mais pas suffisante. Il faut d'autres critères sociaux pour passer à l'acte. Ils ont 20 ans et le sentiment d'avoir une grande conscience politique. Ils en viennent à considérer que la révolution par les armes peut se traduire par un acte suicidaire. On a face à soi des gamins malheureux. Personne ne s'occupe d'eux. Les salafistes sont les seuls à les prendre par la main. Ils reçoivent une éducation complètement obscurantiste, mais ils ont l'impression qu'on les prend en considération. Jusqu'à présent, on ne traite ce problème que par des procédures policières. C'est un sujet qui ne peut se régler que politiquement.
 
DURAND Jacky

 
 

Samedi 12 Juillet 2003
 
 
ECONOMIE
 
Ces sociétés qui travaillent dans le secret

Elles mettent les techniques de l'espionnage au service des entreprises.
 
Leur métier n'a pas de nom. Disons qu'ils font de l'«intelligence économique». Ce sont en réalité des «privés» du renseignement qui travaillent comme les grands services d'espionnage mais pour le compte de leurs clients. Publics ou privés. Discrètement, mais «dans un cadre éthique que nous nous sommes imposés», assure Olivier Darasson, à la tête de l'une des sociétés françaises les plus secrètes du secteur, la Compagnie européenne d'intelligence stratégique (Ceis).Flou. L'intelligence économique reste une activité aux contours très flous. Pour Guillaume Dasquié, auteur des Nouveaux pouvoirs (1), il s'agit essentiellement de «conseil stratégique et concurrentiel, de gestion des risques, d'influence et de veille technologique». Plusieurs dizaines d'entreprises (Géos, Eurodécision, etc.) tentent de prospérer dans un secteur où beaucoup d'anciens militaires se sont reconvertis. Des cabinets de consultants, de lobbying ou même d'avocats sont également présents sur un marché qu'Olivier Darasson estime pourtant limité à 150 millions d'euros en France.«Je suis un serviteur de l'Etat», explique cet ancien préfet, un temps député UDF. «Notre créneau, poursuit-il, ce sont les grandes entreprises de souveraineté, c'est-à-dire la défense, l'énergie, les nouvelles technologies, la banque ou les transports. Nous ne travaillons que pour des entreprises françaises ou européennes. Et jamais en cas de concurrence franco-française.» Battu aux législatives de 1997, Darasson constate «la carence de l'Etat en matière d'intelligence économique». En 1997, pour créer la Ceis (capital : 152 000 euros), il hypothèque tous ses biens et convainc «dix copains industriels» de mettre la main au portefeuille. Le chiffre d'affaires s'élève aujourd'hui à plus de trois millions d'euros, assure Olivier Darasson. «Notre métier, c'est la maîtrise de l'information utile pour la stratégie des entreprises», explique cet ancien du cabinet de François Léotard à La Défense. «Recherche humaine et logicielle de l'info, analyse, conseil, action par influence ou contre-influ ence, protection.» Un espion y retrouverait ses petits.Contrôle. D'ailleurs, les spécialistes de la DPSD (Direction de la protection et de la sécurité de la défense) sont venus contrôler les bureaux et les chambres fortes de l'entreprise, pour s'assurer que des affaires «secret défense» peuvent s'y traiter. «Nous voyons régulièrement les services, DST ou DGSE, indique un cadre de Ceis. Nous les informons, mais nous ne demandons rien en échange.» Ce qui n'exclut pas les retours d'ascenseur.La Ceis ne parle pas de ses clients. C'est secret, forcément. Surtout lorsqu'il s'agit d'«intrusion». La direction d'une grande entreprise souhaitait vérifier ses systèmes de protection : «On a introduit quelqu'un de chez nous au siège social pendant deux jours et deux nuits. Et on a même piqué les plans stratégiques du comité de direction», explique un cadre. Résultat : l'entreprise a revu sa sécurité de fond en comble... avec l'aide de Ceis. Parfois, c'est encore plus simple : «Il suffit d'envoyer un faux étudiant chez un cadre sup sous prétexte d'un travail universitaire. En général, les gars ne vérifient rien et parlent librement...» Experts. Comme dans les grands services de renseignements, le quotidien est surtout fait d'exploitation d'informations «ouvertes». «Elles nous permettent d'accéder au "point dur" d'une cible», explique-t-on chez Ceis. C'est-à-dire aux données vraiment confidentielles. En plus de la vingtaine de salariés permanents, la Ceis emploie six «consultants seniors», dont un ancien chef d'état-major. Sans compter les experts, par exemple en armes biologiques pour un récent rapport. Pour 15 à 20 % de ses activités, la Ceis travaille sur des contrats publics. Elle a par exemple rédigé un rapport sur le système américain d'écoutes Echelon pour le compte de la Commission européenne et prépare un plan de réorganisation du ministère français de la Défense....(1) Guillaume Dasquié, les Nouveaux pouvoirs. Flammarion. 20 euros.
 
MERCHET Jean-Dominique

 
 
 
 
Mercredi 9 Avril 2003
 
 
MEDIAS
 
«Minotaure» trimestriel fusionnel
 
Le journal de Guillaume Dasquié, rédacteur en chef de la newsletter Intelligence Online, se veut «trans». On y traite aussi bien de stratégie, de sociologie, d'art, de gastronomie que de philosophie. Autour d'une unité graphique et d'une charte photographique irréprochables, quatre grands dossiers prévus à chaque saison. Pour le printemps, citons le point, on ne peut plus d'actualité, sur la fin de la guerre à l'ancienne. Ou encore une passionnante plongée dans le monde tant littéraire que mathématique des idiots. Côté musique, on aborde le genre fusion. Comme un manifeste pour le magazine.
 
 
 
 

 
Mercredi 12 Juin 2002
 
 
REBONDS
Livre. Dans une enquête modèle, deux journalistes réfutent la thèse de Thierry Meyssan niant les attentats du 11 septembre.
 
Un antidote à l'imposture
 
Ce livre est un antidote. Il faut donc le prescrire d'urgence, car le mal est là. Un ouvrage, l'Effroyable Imposture de Thierry Meyssan, vient en effet de connaître un grand succès de librairie (200 000 exemplaires vendus) sur la base d'une thèse extravagante : aucun avion n'est tombé sur le Pentagone le 11 septembre 2001 et les attentats sont le fruit d'un complot d'une partie du pouvoir américain.
S'inspirant de Voltaire («Un livre vous déplaît-il, réfutez-le») deux journalistes se sont associés pour contredire Thierry Meyssan, l'animateur du réseau... Voltaire. Ils ont toutes les qualités pour le faire : Guillaume Dasquié est rédacteur en chef d'une lettre d'information Intelligence Online, spécialisée dans les services secrets et auteur d'un récent Ben Laden, la vérité interdite (1). Jean Guisnel, journaliste au Point, est un expert du monde du renseignement et des affaires militaires. Ils signent ensemble l'Effroyable Mensonge, le second publie également la Citadelle endormie (2), une formidable enquête sur la «faillite de l'espionnage américain».
Leur collaboration a été fructueuse. D'abord avec la réfutation du livre de Meyssan. Quelques pages suffisent pour démonter la «thèse fantaisiste», développée dans l'Effroyable Imposture. «Des éléments, des indices, une information quelconque à défaut de preuve ? Rien, absolument rien. Des impressions, des fantasmes, des élucubrations.» Un avion est bien tombé sur le Pentagone : les auteurs citent des témoins oculaires, comme ce John O'Keefe qui, depuis sa voiture, a vu le Boeing s'écraser sur le bâtiment. Quant à l'absence de débris et à la taille du trou provoqué par l'avion dans le Pentagone, Dasquié et Guisnel sont allés interroger des experts en catastrophes aériennes. L'explication est simple : elle tient à l'angle avec lequel le Boeing a percuté le béton. Aucun mystère là-dessous, les amateurs de la série X-Files en seront pour leurs frais.
Dans ce qui restera comme un modèle d'enquête, Dasquié et Guisnel sont ensuite parvenus à dépister le «fameux réseau d'experts» sur lequel Meyssan explique s'être appuyé. On y trouve Pierre-Henri Bunel, l'officier condamné pour espionnage au profit des Serbes, Hubert Marty-Vrayance, un commissaire des Renseignements généraux en activité, Stéphane Jah, animateur d'un site Internet dgse.org (qui n'a rien à voir avec la DGSE, les services secrets français) et Emmanuel Ratier, un extrémiste de droite obsédé par le «complot judéo-maçonnique». Avec un «inspirateur» en arrière-plan, l'Américain Lyndon LaRouche «ancien trotskiste ayant rejoint la droite la plus extrême, mégalomane et conspirationniste acharné», représenté en France par Jacques Cheminade et le Parti ouvrier européen.
L'enquête serrée vire au pamphlet lorsque Dasquié et Guisnel s'en prennent à tous ces «négationnistes», partisans de la «théorie du complot», superbement représentés par Meyssan : «Une partie des Français adore ces hurluberlus venant leur dire qu'on leur cache la vérité.» Il n'y a pas que les Français. Dédouanant Ben Laden, Thierry Meyssan a été officiellement adoubé par la Ligue arabe qui l'a reçu le 8 avril à Abou Dhabi.
(1) Avec Jean-Claude Brisard, nouvelle édition en poche, collection Folio, 4, 75 euros.
(2) Fayard, 19 euros.

 
 

Mercredi 14 Novembre 2001
 
 
EVENEMENT
Selon deux experts français du renseignement, Bush a négocié avec Kaboul jusqu'en juillet. Pétrole oblige.
 
«Le FBI a bloqué l'enquête sur Al-Qaeda»
 
Le livre Ben Laden, la vérité interdite (éditions Denoël), qui sort aujourd'hui en librairie, détaille les réticences du département d'Etat américain à se mettre à dos le régime afghan, les négociations de l'administration Bush et des pétroliers texans avec des représentants des talibans de février à août 2001, et les soutiens financiers à Oussama ben Laden venus d'Arabie Saoudite. Une enquête écrite dans l'urgence dont les deux auteurs gravitent dans les milieux du renseignement. Jean-Charles Brisard, 33 ans, spécialiste privé du renseignement économique qui a travaillé chez Vivendi, a élaboré en 1997 un «Rapport sur l'environnement économique d'Oussama ben Laden» pour la Direction de la surveillance du territoire (DST) française. Son coauteur, Guillaume Dasquié, 35 ans est le rédacteur en chef de la lettre spécialisée Intelligence Online.
Pourquoi l'administration Bush avait-elle décidé de négocier avec les talibans?
Guillaume Dasquié. Pour les grands pétroliers américains proches de Bush, (arrivé au pouvoir le 25 janvier 2001), il était impératif de négocier avec les talibans pour des raisons de sécurité énergétique en Asie centrale. Le Kazakhstan, aujourd'hui, c'est le «new Koweït», quasiment une annexe du Texas. Mais les pipelines sont contrôlés par les Russes. La seule solution pour les Américains qui ont un projet de pipeline, c'est de passer par l'Afghanistan. En février 2001, les talibans se déclarent prêts à négocier avec les Etats-Unis et à étudier l'extradition de Ben Laden, en échange d'une reconnaissance internationale. Bush reprend alors les discussions commencées sous Clinton, puis rompues. Des rencontres sont organisées à Washington par Laïla Helms, sorte de Mata Hari entre Kaboul et Washington, et nièce de Richard Helms, ancien directeur de la CIA. En avril 2001, ces négociations montent en puissance. Il y a des réunions discrètes à Berlin sous l'autorité du représentant du secrétaire général de l'ONU, Francesc Vendrell, parfois en présence directe des talibans, et de l'Alliance du Nord aussi. Le but est de créer avec les talibans et d'autres entités un Etat afghan plus acceptable sur le plan international, et d'obtenir l'extradition de Ben Laden. Au département d'Etat, ces pourparlers sont menés par la directrice du bureau des affaires asiatiques, Christina Rocca, ex-responsable des relations avec les guérillas islamistes à la CIA, qui a rencontré l'ambassadeur des talibans à Islamabad le 2 août 2001. Jusqu'au dernier moment, les Etats-Unis négocient avec les talibans, et veulent les maintenir au pouvoir, en leur demandant de lâcher Ben Laden, sans réaliser que celui-ci est devenu l'un des maîtres de l'Afghanistan, celui qui a vraiment fait le pouvoir du mollah Omar. Le département d'Etat et le Conseil de sécurité de l'ONU sont tous deux irresponsables. Le premier parce qu'il fait l'impasse sur le réel pouvoir de Ben Laden. L'ONU parce que son représentant Francesc Vendrell négocie avec le roi d'Afghanistan en exil, Zaher Shah, à Rome, dès le 16 mai 2001, en lui proposant de prendre le pouvoir à Kaboul, ce qui revient à évincer les talibans. On leur donne toutes les bonnes raisons de se radicaliser et de cesser toutes négociations. L'histoire de l'attentat, c'est l'histoire de ces relations-là entre février 2001 et le 11 septembre 2001.
Pensez-vous vraiment que les attentats soient la conséquence de l'échec de ces négociations?
G. D. Oui. Je le pense. Il y a eu une grosse faute diplomatique de l'administration Bush. Une option militaire contre l'Afghanistan a même été envisagée de façon sérieuse, avant les attentats, et formulée par le Conseil national de sécurité. Au cours d'une réunion en juin 2001 entre sa directrice, Condoleezza Rice, qui a siégé pendant neuf ans au conseil d'administration du pétrolier Chevron, et le représentant de l'ONU Francesc Vendrell, pour discuter du sort de l'Afghanistan, la logique de sécurité énergétique a glissé vers une logique militaire. A partir de là, l'administration républicaine décide de mettre en place une alternative «vous aurez un tapis en or ou un tapis de bombes», menace qui a été rapportée aux Pakistanais.
Pourquoi O'Neill, numéro deux du FBI à New York et ex-coordinateur de la lutte antiterroriste, chargé des enquêtes sur Al-Qaeda, claque-t-il la porte du FBI cet été?
Jean-Claude Brisard. John O'Neill, que j'ai rencontré, m'a révélé que l'obstacle principal aux enquêtes américaines sur ces réseaux, c'est précisément l'Arabie Saoudite et le pétrole. On retrouve dans les organisations caritatives qui financent Oussama ben Laden des membres de la famille royale. Les quatre ou cinq familles saoudiennes qui le soutiennent représentent 15 % du PIB. Ce que Ben Laden a pu recevoir sur dix ans à la fois des Saoudiens et de sa propre famille par le biais d'organisations caritatives représente entre 50 et 100 millions de dollars. Au moins six membres de sa famille ont aidé ses réseaux. Le principal financier d'Al-Qaeda, Khalid ben Mafouz, est le premier banquier d'Arabie Saoudite et de surcroît le beau-frère de Ben Laden. Selon John O'Neill, le département d'Etat a préféré préserver ses intérêts, et la direction du FBI a bloqué ses enquêtes. Notamment sur l'attentat au Yémen contre le destroyer USS Cole (dix-sept morts) le 17 octobre 2000. Face à une administration insensible à ses arguments sur le rôle majeur de l'Arabie Saoudite dans l'expansion des réseaux de Ben Laden, John O'Neill, dépité, démissionne du FBI en août 2001. Il devient directeur de la sécurité du World Trade Center. Le 11 septembre, il se trouve dans la tour, parmi les victimes.
Avant d'être l'ennemi public numéro 1 des Américains, Ben Laden a été selon vous celui des Libyens.
G. D. et J. -C. B. Le premier mandat d'arrêt international contre Ben Laden a été lancé, non pas par les Américains, mais par la justice libyenne pour meurtre et détention illégale d'armes à feu le 16 mars 1998, et validé un mois plus tard par Interpol. Ben Laden y avait tué avec ses hommes, le 10 mars 1994, un officier de renseignements allemand et safemme. Au moment où Tripoli le recherche officiellement, Ben Laden vient pourtant de lancer sa fatwa contre les Américains qui disposent déjà de sérieux indices contre lui dans les attentats ayant visé, en 1996, leurs installations en Arabie Saoudite. Depuis son arrivée au Soudan en 1991, Ben Laden cherchait un sanctuaire où s'installer et il avait jeté son dévolu sur la Libye de Kadhafi, un Etat arabe, sunnite et, de plus, au ban des nations. Epaulé par ses «Afghans-Libyens» du groupe Al-Muqatila, Ben Laden essayait de déstabiliser Tripoli et de favoriser l'émergence d'un pouvoir islamiste.
 
TOURANCHEAU Patricia

 
 
 
par Guillaume Dasquié publié dans : guillaumedasquie.afp
 

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Fin de rédaction, corrections et dernières retouches au prochain livre (achevé fin 2007). Chronique géopolitique hebdomadaire sur France-Info (Un monde imparfait). Investigations publiée dans les quotidiens Le Monde et Libération (le dossier du juge Borrel, les rapports secrets du FBI ...). . Gestion du site www.geopolitique.com.

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Chronique hebdomadaire pour le Journal International d’I-télé, le mercredi soir. Gestion du site www.geopolitique.com. Collaborations ponctuelles avec l'agence CAPA. Collaboration ponctuelle pour l'émission 90 minutes de Canal +. Animation de séminaires professionnels consacrés à la criminalité financière.  
 
2005/2003
Rédaction et publication du livre Al Qa’ida vaincra (Privé/Flammarion). Création du magasine Minotaure. Directeur de collection aux éditions Flammarion, développement de la collection Flammarion Enquête (démission au 1er juillet 2005). Publication du livre Les nouveaux pouvoirs (Flammarion). Directeur de recherche à l’IRIS. 
 
2003/2002
Co-auteur de L’effroyable mensonge (La Découverte, 2002, avec Jean Guisnel), et auteur de « Les nouveaux pouvoirs » (Flammarion, 2003). Rédacteur en chef d’Intelligence Online, lettre professionnelle consacrée à l’actualité du risque politique et de l’intelligence économique
 
2002/1999
Auteur de Ben Laden la vérité interdite (Denoël 2001), et de Secrètes affaires (Flammarion, 1999). Intervenant en DESS à l’Université Marne la Vallée sur la privatisation du renseignement et sur la recherche d’informations fermées. Rédacteur en chef d’Intelligence Online.
 
1999/1990
Journaliste pour divers médias, notamment Canal +, BFM… Participation, au titre d’apprenti, aux enquêtes du journaliste Philippe Madelin, professionnel émérite du livre d’investigation. Chercheur associé au CETEC, laboratoire de recherche de l’Université Paris-Dauphine, spécialisé sur les évolutions culturelles en prise avec les révolutions technologiques.
 
Formation
1991 : année de Maîtrise de science politique à Paris I
1990 : Licence en droit à Paris I
1986 : Bac A1 Montauban
 
Guillaume Dasquié
Né à Cahors (Lot) le 4 février 1966.
 
 
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